Traiter le chikungunya en Martinique

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Le chikungunya est une maladie due à un virus transmis par les moustiques (ce type de maladie est dénommée « arbovirose »). Apparu dans la région Caraïbes en 2013, la lutte contre le chikungunya est l’une des priorités de l’ARS Martinique dans un souci de préservation de la santé publique.

Le chikungunya se transmet essentiellement à l’homme par la piqûre de moustiques femelles appartenant au genre Aedes. En Martinique, seul Aedes aegypti assure le rôle de vecteur du chikungunya.

Il s’agit du même moustique responsable de la transmission de la dengue et du Zika.

Les Aedes aegypti sont réputés être des moustiques diurnes (piqûres préférentiellement de jour. Ils peuvent toutefois piquer à toute heure du jour et de la nuit.

Le moustique vecteur se contamine en piquant une personne atteinte de la maladie. Après quelques jours d’incubation (dissémination dans tous les organes du moustique), le virus peut parvenir à atteindre les glandes salivaires de son vecteur. La salive étant inoculée à chaque prise de repas sanguin, chaque piqûre pourra dès lors favoriser la transmission de particules virales et ce, tout au long de la vie du moustique.

Lorsqu’une personne est atteinte du chikungunya, la maladie peut soit passer complètement inaperçue, soit se manifester en moyenne 4 à 7 jours après la piqûre.

Les principaux symptômes du chikungunya :

  • l’apparition soudaine d’une fièvre élevée (supérieure à 38,5°C) associée à des maux de tête ainsi qu’à d’importantes douleurs musculaires et articulaires touchant les extrémités des membres (poignets, chevilles, phalanges). Ces douleurs peuvent persister plusieurs semaines, voire plusieurs mois.
  • une éruption cutanée peut également apparaître.
  • des hémorragies bénignes comme des saignements des gencives ou du nez sont également possibles, surtout chez l’enfant.
  • la maladie peut parfois entraîner une fatigue prolongée et des douleurs articulaires récidivantes, parfois invalidantes.
  • quelques cas de formes graves, dont des formes neurologiques, des atteintes du cœur ou du foie, ont été signalés.

 

Plusieurs étapes sont nécessaires pour une prise en charge :

  • la confirmation biologique : elle est essentielle pour la prise en charge et doit être associée à la recherche de dengue. La fiche de demande de confirmation biologique doit être renseignée par le médecin traitant et transmise au laboratoire de biologie médicale.
  • l’orientation des patients : le recours hospitalier est réservé aux formes graves (défaillance d’organe) ou aux personnes à risque de développer une forme grave
  • la prise en charge thérapeutique : il n’existe aucune thérapie contre le chikungunya. Le traitement administré vise uniquement à réduire les symptômes (douleurs, fièvre, ).  Il repose sur la prise de paracétamol en respectant l’intervalle minimal de 6 heures entre les prises et sans dépasser 60 mg/kg/j. La prise d’aspirine et d’anti-inflammatoires non-stéroïdiens (ibuprofène) est clairement contre-indiquée  durant la phase aiguë, et tant qu’un diagnostic d’infection par le virus de la dengue n’a pas été définitivement écarté : ces substances augmentent en effet le risque d’aggravation des éventuelles manifestations hémorragiques.

Il n’existe à ce jour aucun traitement spécifique contre le chikungunya, ni préventif (vaccin) ni curatif (médicament).

Le traitement est avant tout symptomatique (traitement de chacun des symptômes) et repose notamment sur la prise d’antalgiques (comme le paracétamol), et le repos.

En absence de vaccin ou de médicament, les mesures de prévention reposent uniquement sur la lutte contre les moustiques qui en sont les vecteurs :

  • l’élimination des eaux stagnantes dans son environnement (récipients de réserve d’eau pluviale ou d’ornementation, déchets divers;
  • la protection individuelle contre les moustiques, en particulier pour les personnes atteintes de chikungunya à la phase aiguë : répulsifs, vêtements longs et couvrants, raquettes, …

Comment ce moustique est-il arrivé en Martinique ?

Les moustiques du genre  Aedes ont la particularité d’avoir des œufs pouvant résister à des conditions difficiles (sécheresse, grand froid). Au sein de ce genre très prolifique, l’espèce Aedes aegypti s’est de plus spécialisée dans la colonisation de petites collections d’eau stagnante créées par l’homme et qui lui servent de gîtes larvaires (récipients de réserve d’eau). Originaire d’Afrique, Aedes aegypti a probablement conquis le continent américain dès le XVIème siècle, durant la traite des esclaves : le moustique a vraisemblablement embarqué dans les navires quittant le continent africain et s’est reproduit dans les réserves d’eau potable durant la traversée jusqu’à atteindre les côtes du Nouveau-Monde.

 Aedes aegypti est donc présent sur le territoire martiniquais depuis plusieurs siècles et a assuré la transmission localement  de nombreuses maladies telles que la fièvre jaune, la dengue , le chikungunya et plus récemment le Zika.

Comment la maladie a-t-elle pu se développer en Martinique ?

Il est fort probable qu’au cours d’un voyage dans une région où sévit le chikungunya, une personne ait contracté la maladie  peu de temps avant son arrivée aux Antilles. Piquée localement par au moins un moustique du genre Aedes  (vraisemblablement Aedes aegypti), elle lui a transmis la maladie.

Ce premier moustique vecteur ainsi contaminé est parvenu à assurer l’amplification du virus. Devenu infectant, chacune des personnes qu’il a piquées par la suite  a développé la maladie.

Peut-on être infecté plusieurs fois par le virus du chikungunya ?

Toute personne qui a été infectée une fois acquiert une immunité durable (plusieurs années) probablement définitive (à vie).

En revanche,  des manifestations chroniques peuvent persister sous la forme de douleurs notamment aux articulations (arthralgies).

Existe-t-il un vaccin contre le virus ?

Il n’existe pas de vaccin actuellement commercialisé contre le chikungunya ni aucun autre type de traitement préventif de la maladie.

Aller plus loin

Signalez les cas suspects pour éviter la propagation

Tout cas suspect doit être immédiatement signalé à la plateforme de veille sanitaire :

  • Par téléphone au 0820 202 752
  • Par fax au 05 96 39 44 26
  • Par e-mail à l’ARS à : ARS972ALERTE@ars.sante.fr
  • Si le signalement est effectué par un professionnel de santé, une fiche de notificationdoit ensuite être adressée à l’ARS Martinique.