Chlordécone : l'étude Kannari 2 met en lumière une baisse de l’exposition, malgré des défis persistants

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Les résultats de l’étude Kannari 2 montrent une diminution de l’exposition au chlordécone aux Antilles depuis dix ans. Cette évolution encourageante témoigne des effets des actions engagées, même si certaines populations, notamment les adultes, les pêcheurs et agriculteurs, restent davantage exposées et nécessitent une prévention renforcée afin de réduire durablement l’exposition.

Le mois dernier, Santé publique France a publié les premiers résultats de l’étude Kannari 2, menée depuis 2024 dans le cadre de la Stratégie Chlordécone. Dix ans après la première enquête de Kannari 1, cette nouvelle étude dresse un état des lieux actualisé de l’exposition des populations de Martinique et de Guadeloupe au chlordécone. 

Les résultats montrent une diminution globale de l’imprégnation par rapport à 2013, traduisant probablement une baisse de l’exposition au sein de la population. Cependant, le chlordécone reste massivement présent dans l’organisme des habitants des Antilles : plus de 8 adultes sur 10 présentent encore des traces détectables de cette substance dans le sang. En Martinique, cette proportion atteint 85,5 %

Des disparités importantes selon les territoires et les profils

Au-delà des moyennes observées, l’étude met en évidence des écarts d’exposition particulièrement marqués. Santé publique France souligne que 5 % des adultes présentent des niveaux d’imprégnation jusqu’à 20 fois supérieurs à la moyenne, révélant l’existence de populations particulièrement exposées. 

Les personnes les plus concernées sont principalement :

  • les hommes âgés de 50 ans et plus ;
  • les habitants des zones terrestres ou marines contaminées ;
  • les professionnels de la pêche ;
  • les travailleurs du secteur agricole. 

L’étude confirme également l’influence du lieu de résidence sur l’exposition. En Martinique, les personnes vivant dans des zones contaminées présentent des niveaux d’imprégnation en moyenne deux à trois fois plus élevés que celles résidant dans des secteurs non contaminés.

Une vigilance particulière pour les populations vulnérables

Kannari 2 apporte également de nouvelles données sur certaines populations considérées comme prioritaires.

Les résultats montrent que les pêcheurs et les agriculteurs demeurent les groupes les plus exposés au chlordécone dans les deux territoires. 

Concernant les femmes en âge de procréer, les niveaux d’imprégnation sont globalement plus faibles. Néanmoins, une partie d’entre elles continue de présenter des concentrations supérieures à la valeur toxicologique de référence interne établie par l’Anses : près de 10 % en Martinique.

L’alimentation reste le principal facteur d’exposition

Les analyses menées dans le cadre de Kannari 2 confirment que l’exposition au chlordécone est principalement liée à la consommation de certains produits issus du milieu marin.

Les niveaux d’imprégnation observés sont notamment associés à la consommation de :

  • poissons de mer ;
  • crustacés ;
  • mollusques.

L’étude indique également que les personnes s’approvisionnant via des circuits informels non contrôlés présentent des niveaux d’exposition plus élevés. À l’inverse, aucune association significative n’a été observée chez les adultes avec la consommation d’autres aliments comme les légumes-racines (manioc, igname...)

Poursuivre et renforcer les actions de prévention

Ces nouveaux résultats constituent un apport essentiel pour orienter les politiques publiques de réduction de l’exposition au chlordécone en Martinique.

Ils confirment l’efficacité des actions engagées ces dernières années, tout en mettant en évidence la nécessité de renforcer les mesures ciblées auprès des populations les plus exposées, notamment dans les zones contaminées.

L’amélioration des pratiques d’approvisionnement alimentaire, le respect des recommandations relatives à la consommation des produits de la pêche, ainsi que l’information des populations et des professionnels concernés demeurent des leviers majeurs pour réduire durablement l’exposition. 

L’Agence régionale de santé Martinique poursuit son engagement aux côtés de l’État, des collectivités et des partenaires locaux afin de protéger la santé de la population et de contribuer à l’atteinte des objectifs de la Stratégie Chlordécone.

Et après ?

Santé publique France poursuivra l’exploitation des données de Kannari 2. De nouveaux résultats sont attendus au cours du premier semestre 2027 et porteront notamment sur l’exposition à d’autres polluants environnementaux (métaux lourds, pesticides), les facteurs d’exposition et les comportements de prévention adoptés par la population.